Une présidence qui transforme l'Europe
par Pierre Rousselin
C'est, évidemment, une provocation. Mais pourquoi les Vingt-Sept ne décideraient-ils pas, lors de leur Conseil, qui se tient en ce moment à Bruxelles, de prolonger la présidence française de l'Union européenne ?
La guerre en Géorgie puis la crise financière ont montré combien il était utile d'avoir à la tête de l'Union européenne un homme déterminé et capable de réagir dans l'urgence pour faire des propositions qui, par définition, n'auraient pu être avancées s'il avait fallu réunir les représentants de vingt-sept pays aux intérêts contradictoires.
La médiation de Nicolas Sarkozy entre Moscou et Tbilissi a été un modèle du genre. En une semaine, elle a mis fin aux combats et amorcé un règlement. Le président français était bien placé pour agir puisqu'il a toujours entretenu de bonnes relations avec Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev et qu'il pouvait faire accepter ses choix à ses partenaires européens. Même si c'était de façon informelle, le fait qu'il représente l'ensemble de l'Union européenne a accru son autorité auprès de Moscou. Compte tenu des résultats obtenus, ses partenaires ne lui ont pas mesuré leur soutien et l'Europe est sortie renforcée de cette crise-là.
La tempête financière était autrement plus difficile à traverser. Aucune personnalité n'aurait pu conduire à elle seule le navire européen. La convocation, le 4 octobre à Paris, d'un G4, rassemblant les principaux pays concernés, a été la première ébauche d'une réponse concertée. Même si les résultats de cette première rencontre furent décevants, la mécanique des consultations était lancée.
Avec beaucoup de pragmatisme, Nicolas Sarkozy est parvenu à convaincre une Angela Merkel initialement très réticente en s'appuyant sur Gordon Brown. La réunion, le 12 octobre, des douze pays de l'Eurogroupe, auxquels s'est joint le Royaume-Uni, a constitué une première qui marque une étape très importante dans la construction européenne. Il a là les prémices d'un gouvernement économique européen dont ni l'Allemagne ni la Grande-Bretagne ne voulaient entendre parler.
C'est, en tout cas, une mise en pratique de ces « avant-gardes » ou « noyaux durs » que l'on a beaucoup théorisés. Un groupe de pays ouvre la voie qui est ensuite empruntée par l'ensemble des pays de l'Union.
Une nouvelle fois, comme souvent dans son histoire, l'Europe s'invente dans des crises successives, avec un pragmatisme remarquable, aiguillonnée par l'adversité.
Elle a pu pallier l'absence de mécanismes institutionnels adéquats grâce à la volonté politique de ses principaux dirigeants. Tout le monde reconnaît le rôle moteur joué par Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UE.
Que se serait-il passé si le président tchèque Vaclav Klauss s'était trouvé à la manœuvre pendant les six mois que nous sommes en train de vivre ? Profondément eurosceptique, ce dernier était encore hier, à la veille du Conseil, le seul chef d'État à s'opposer au plan d'action adopté par l'Eurogroupe et que les Vingt-Sept étaient appelés à entériner. Qu'aurait-il pesé face au Kremlin ?
Le 1er janvier prochain c'est au tour de la République tchèque d'assumer la présidence tournante de l'Union européenne, suivie par la Suède, six mois après. Il y a fort à craindre que l'Europe ne retrouve le manque de visibilité qui la caractérise depuis que les élargissements successifs ont précipité la crise institutionnelle.Le non irlandais au traité de Lisbonne repousse, sans doute jusqu'en 2010, l'adoption d'une présidence stable.
Dans l'intervalle, le président de la Commission pourrait combler le vide. Il devrait être une force de proposition mais José Manuel Barroso se comporte plutôt en secrétaire du Conseil européen qu'en chef d'orchestre à la façon d'un Jacques Delors.
Puisqu'il ne peut être question de la prolonger au-delà du 31 décembre, la présidence française et les résultats obtenus devraient convaincre les Irlandais, Tchèques, Polonais et Suédois de ratifier sans tarder le traité de Lisbonne.
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