Edito - Juin 2008
Le « non » irlandais
51 ans après les traités de Rome, la construction européenne semble à nouveau se trouver dans une situation de blocage. Malgré les tentatives de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel pour récréer une dynamique en Europe, un nouveau vote populaire vient de mettre un coup d’arrêt à l’approfondissement politique de l’Union. Pas de président de l’Union. Pas de superministre des Affaires étrangères de l’Union - et donc pas de PESC (Politique extérieure et de sécurité commune).
Une nécessaire prise en compte
Bien sûr des raisons extérieures à l’Europe peuvent être avancées. Les Irlandais voulaient défier leur gouvernement et leur classe politique, qui, à l’image de la France, était à très forte majorité favorable à la construction communautaire : le Sin tein (parti nationaliste de gauche) était le seul parti représenté au parlement à appeler à voter non. Ensuite, d’autres raisons, tendent à l’égoïsme national présent chez beaucoup de pays européens. Les Irlandais, après avoir beaucoup profité de l’UE - par une politique très généreuse d’aide - ont décidé de se replier sur eux-mêmes, refusant de contribuer à aider les nouveaux pays entrant. Enfin, des raisons intrinsèques au fonctionnement de l’Union sont la cause de l’échec de ce référendum. La Commission Européenne, tout d’abord, a sa part de responsabilité en se bornant à une attitude technocratique éloignée des préoccupations des européens. Car « l’Europe ne coalise pas des Etats mais doit unir des peuples » (Jean Monnet). L’oublier serait nier la nécessaire aspiration démocratique des Européens. Nous ne pouvons pas à la fois critiquer des régimes démocratiques et élever au rang de modèle une construction qui se fait sans l’aval populaire.
La conjugaison d’aspirations contraires
Le dilemme est alors bien présent. Faut-il créer une Europe sans l’aval des peuples et, in fine, les mettre devant le fait accompli ? Ou bien faut-il en rester à un blocage ? Les deux extrêmes sont bien sûr des écueils que beaucoup veulent éviter. Mais comment pouvoir conjuguer les deux : avancée politique et aval populaire ? On ne peut raisonnablement pas demander un référendum et faire revoter les gens lorsque leur réponse ne nous convient pas. Mais la voie parlementaire était-elle la bonne pour tous les pays ? Les Irlandais ont-ils, comme le prône Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS de l’Essonne, parlé pour tous les peuples ? Est-il envisageable de stopper les progressions politiques de l’Union à cause d’un pays ? Les Irlandais ont par ailleurs montré leur peu d’intérêt pour la cause européenne en profitant à maintes reprises des clauses d’opting out. Ceux sont des questions très complexes et un article de quelques lignes ne peut prétendre y répondre. Seulement, il serait temps que les dirigeants européens prennent en compte les défiances populaires : le texte était trop technique - comme en 2005 ; les partisans du oui n’ont pas su créé une dynamique et se sont contentés de dire non au non, sans jamais énoncé les apports pour les citoyens d’un vote en faveur du Traité de Lisbonne.
L’épée de Damoclès
Ainsi, encore une fois, on reproche aux électeurs nos propres lacunes. Bien sûr l’Europe politique est une nécessité. Bien sûr, il faut tout faire pour la réaliser et la rendre opératoire. Seulement, elle doit être plus accessible, plus compréhensible. Il semble d’ailleurs contradictoire qu’un homme, José Manuel Barrosso - Président de la Commission - qui prône l’ « Europe par la preuve », n’est pas pu et n’est pas su éviter cet échec.